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  • auroreamouroux

Comment lirons-nous demain ?

J‘étais aux Assises du livre numérique organisées par le SNE ( Syndicat National de l’édition) mardi dernier.

« Numérique ? Mais t’es pas 100 pour cent papier toi ? »

« Je voulais avoir une vision de l’état de la lecture aujourd’hui avec des réflexions prospectives .

Çà tombait bien, le thème de la journée était

« Comment lirons-nous demain ? »

Et puis être confronté à d’autres points de vue stimule la réflexion.

Descartes ne disait-il pas « cogito ergo sum » ?

Dès le début Virginie Clayssen, présidente de la commission numérique du SNE, nous parle du comment sous l’angle corporelle : quelle position aura le lecteur.

La question n’est pas livre papier ou écran mais position assise, sur le ventre, en courant avec des écouteurs.

Le corps n’est plus réduit à une paire d’yeux qui enregistre de l’information écrite, il est pris dans son ensemble.

Elle ouvre la réflexion sur les pratiques de lecture quelque soit le support : papier, portable, liseuse, audio livre.

Une fois le champ d’étude défini, elle passe la parole à Bruno Patino, auteur du livre

« La civilisation du poisson rouge »

La lecture est à intégrer dans l’économie de l’attention des producteurs de contenus culturels ou non.

Il n’est plus seulement question du temps d’attention mais de sa productivité.

A tel point que Bruno Patino évoque « la société de la fatigue » face au choix et aux nombres sollicitations.

« Il y a une accélération générale. Nous avons plus de temps libre mais la valeur de ce temps augmente ce qui oblige à une augmentation de la productivité. »

Nous sommes poli-actifs jusque dans nos sphères privées.


Pour revenir à la lecture, Bruno Patino demande si celle-ci doit s’adapter à l’économie de l’attention ou si c’est un outil pour « combattre cette économie ».

Sa réponse n’est pas dans l’opposition livre flux versus livre objet mais dans le choix entre lecture connecté et non connecté.

Pour conclure, il cite Olivier Simard Casanova « un bien d’expérience, est un bien ou un service qu’il faut consommer pour en connaître les caractéristiques, par exemples les restaurants ou les oeuvres artistiques » et s’interroge sur le basculement économique de la société du bien expérience vers le bien de recherche.

S’ensuit logiquement une table-ronde sur « la guerre de l’attention au coeurs des stratégies des industries culturelles.

Il est ici question de l’abondance de l’offre, des activités et du choix.

« Le multi-tasking est difficilement compatible avec la lecture » explique Olivier Donnat, sociologue au Ministère de la culture et de la communication.

Cette poli-activité n’est peut être pas seulement due à une lecture connectée.

Quand s’autorise-t-on à ne faire qu’une chose à la fois? Quand sort-on demi du temps productif ?

Le moment où le corps, allongé, se prépare à des heures de sommeil compensateur, est le plus propice à la seule lecture.

La table-ronde qui suit : « les outils pour la diffusion numérique » ou comment être visible.

Là où on peut imaginer le numérique comme un espace de créativité, on voit aussi qu’il est synonyme d’une nécessaire standardisation.

C’est le monde de l’EPUB, du W3C, du WCAG, du flux Onyx., de l’EditiX ( un peu l’impression de me retrouver dans un album de Goscinny).

Un livre c’est quelque chose qu’on commence, qu’on finit, pas toujours.On y picore des pages ou on le dévore. On en commence 2 et on en finit pas 3.

Ce sont des mots qu’on décide ou non de faire entrer dans notre univers.

Choisir un livre peut prendre du temps. Ce choix peut être le fruit de recommandation ou du hasard.

Le numérique est présenté comme un outil de médiation vers le livre.

Les plateformes de contenus culturels, pragmatiques, sont soucieuses de nous faire gagner du temps. Elles indiquent « le bon livre pour le bon lecteur ».

Y-a-t-il encore une place pour la sérendipité ?

La dernière table-ronde, sur les nouveaux modes narratifs que permet le numérique arrive au constat qu’on ne raconte pas la même histoire selon les supports.

On est dans le cross-média.

Le format et le support sont des paramètres qui influent sur l’histoire.

A chaque format son temps, son rythme.


« Comment lirons-nous demain? » est profondément lié cette notion de temps.

La lecture sera de plus en plus polymorphe. Elle s'adaptera à nos propres rythmes.

Mais toujours le livre papier, le livre objet, celui qu'on corne, celui qu'on touche, celui qui prend de la place dans notre bibliothèque parce qu'il en prend une dans notre coeur. Toujours ce livre de fibre et d'encre existera.

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